lundi, 18 mai 2009 04:34

Mawazine 2009, rythmes du monde Spécial

Écrit par Le Matin
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mawazine 2009L'hommage est exceptionnel et pèse de tout son poids : en décorant la grande diva de la chanson arabe, Warda (Al Jazairya), Sa Majesté le Roi Mohammed VI donne la mesure de l'intérêt qu'il porte au festival «Mawazine, rythmes du monde» dont il est l'initiateur.

Et de fait, la 8e édition qui vient de lever le rideau, vendredi soir, se hisse au niveau de l'exceptionnalité et donne le ton d'une richesse et d'un brassage culturel sans commune mesure avec ce que l'on a vu jusqu'ici.

A voir les scènes aménagées, investies et emplies des heures avant les spectacles, un public bigarré et diversifié occuper fermement les places, compassé, patiemment aligné dans des rangs serrés, on pouvait mesurer ce vendredi soir l'intensité et la profondeur de l'événement qui s'est ouvert dans une communion de joie et de partage. Les populations de la ville de Rabat, toutes catégories confondues, sont sorties de leurs maisons et empruntaient à toutes allures les boulevards et les rues, convergeant vers les scènes de spectacles et transformant la capitale en un immense chantier humain.

Et déjà, transcendant les remparts du Chellah jusqu'aux rivages de Lâalou, en médina, la voix miraculeuse d'une Kylie Minogue, qui se produisait sur la scène de l'OLM Souissi, avait couvert la ville. Et déjà, comme un pendant à cette sublime voix, le maestro qui a creusé le sillon de la musique et des mélodies pendant plus de trente ans, Ennio Morricone pour ne pas le citer, emportait les âmes du côté de Bouregreg, transformé en une scène lumineuse qui, par son décor et son site magique, rappelle la scène finale du film de Claude Lelouch, « Les uns et les autres » et ce magistral concert en finale, le « Boléro » de Ravel. Dans le même sillage, Stevie Wonder, figure fétiche de la terre entière clôturera huit jours de bonheur par sa voix magique. Nous sommes au Maroc, mais cette terre d'accueil s'est ouverte aux cultures et le monde entier, ses artistes internationaux, ses figures emblématiques, ses stars se sont «invités » dans une capitale transformée aujourd'hui en plaque tournante de la musique mondiale. Le célèbre compositeur italien, dont la musique a agrémenté les séquences des grands films des dernières décennies, reste une figure emblématique, son ancrage méditerranéen est demeuré intact.

Sur la scène du Bouregreg, il s'est produit avec pas moins de cent musiciens de l'Orchestre philharmonique de Rome et pas moins de 80 choristes marocains, triés sur le volet dans toutes les régions du Maroc. Le Festival Mawazine déroule cette année sa huitième édition sous le signe de l'innovation, certes, mais surtout de la diversification. Celle-ci traverse une exigeante programmation comme un fil conducteur, où se croisent les genres, les répertoires, les attentes d'un public de plus en plus friand et à l'image, en fin de compte, d'une manifestation qui n'a de cesse d'imposer ses marques et de renouveler ses succès.
Car, Mawazine est aujourd'hui au Maroc ce que la beauté et la créativité multidimensionnelle sont à une œuvre en accomplissement.

Le festival s'inscrit désormais dans la cour des grands, il prend sa place – et ce sont les observateurs qui en témoignent – parmi les manifestations mondiales prisées. Il est vrai, en effet, que le succès est ici lié aux choix à la fois des thèmes, des programmes et des musiciens. Les organisateurs et les promoteurs ont hissé l'exigence, en termes de qualité notamment, au niveau d'une valeur suprême. Il est vrai que leur souci est justement de conjuguer tous les impératifs afférents à la réussite d'un festival international digne de ce nom, fédérateur des peuples et de leurs cultures, ouvert aux continents et musiques du monde. Entre la première édition et celle à laquelle nous participons aujourd'hui, que de longues et exaltantes péripéties, que de chemin parcouru et de défis relevés.

Il reste que le niveau atteint à présent, s'il constitue un tournant, s'il marque comme au burin une évolution en crescendo, illustre une autre dimension du festival : désormais Rabat n'a plus rien à envier aux autres festivals. La capitale renforce sa vocation fédératrice de talents, d'hommes et de femmes venus de tous les horizons, elle est l'emblème de la culture, de la liberté, de la tolérance et de la fraternité. Elle nous ouvre les portes d'un temple musical jusqu'ici plus ou moins fermé aux attentes populaires, réservé encore à une certaine élite qui voyage. La grande musique que nous n'entrevoyons qu'à travers le petit écran et les shows diffusés souvent en différé, la voilà donc en direct, à notre portée, saisie au vol, rendue possible, démocratisée pour ainsi dire. Elle submerge Rabat et le Maroc tout entier.

Y a-t-il plus éblouissant pour les mélomanes du Maroc que d'approcher leur star préférée, la voir se produire à quelques mètres ? Le fil direct n'a pas ou plutôt a son propre prix. Nous devons cette heureuse proximité à un festival qui concentre une pléiade des grands musiciens au cœur du Royaume, dans une capitale transformée en une gigantesque scène, avec une population fiévreusement mobilisée, participative et chaleureuse.

C'est en fin de compte l'image du nouveau Maroc que le Festival, couvert par toutes les chaînes de télévision du monde entier, projette. Un Maroc de partage et de solidarité, une terre de liberté et de créativité. Il est, cependant, un point significatif qu'il convient de relever dans la foulée et pour lequel il n'en convient pas moins de rendre justice aux organisateurs et à tous ceux qui ont à cœur d'en faire une manifestation multiculturelle digne de ce nom : la grande participation des groupes du Maroc, aussi bien considérés que leurs homologues étrangers, programmés sur les scènes de spectacle pour apporter au public la variante nationale. Mawazine est aujourd'hui une part de nous-mêmes, c'est le reflet grandissant de ce Maroc moderne, du modèle de société érigé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui concilie créativité, ouverture et partage.

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