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lundi, 09 janvier 2006 19:42

Vive la litterature rebelle!

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 Contrairement aux critiques d’autrefois, conformistes et inféodés au pouvoir, le critique moderne se reconnaît à son caractère contestataire. Il n’aime rien tant que l’artiste insurgé, séditieux, bref : rebelle. L’artiste, de son côté, tient beaucoup à ce qu’on le considère comme un insoumis. Le spectacle de la rébellion dans le domaine des arts et des lettres est propre à impressionner les plus blasés. On voit un grave fonctionnaire, conservateur en chef au Musée du Louvre, Régis Michel, organiser en 2002 une exposition, « La peinture comme crime », où il s’emploie à submerger les œuvres dans des diatribes dénonçant les peintres un peu mous de l’insurrection, ou franchement valets de l’idéologie dominante. On voit Buren, artiste pompidolien, exposer son œuvre au Centre Pompidou, musée national, en l’agrémentant de panneaux féroces expliquant à quel point elle est rejetée par la société.

On voit Dominique de Villepin, ministre, publier un essai en forme d’éloge lyrique du poète considéré comme un valeureux dynamiteur. On entend Marc-Edouard Nabe, écrivain, proclamer qu’il veut bien se jeter en avion sur les tours qu’on voudra pour la cause de la poésie. On voit des écrivains être rebelles dans des revues dirigées par Frédéric Beigbeder, insurgés dans des émissions télévisées de Guillaume Durand, révoltés aux éditions Grasset. Nous vivons, enfin !, la révolution permanente et générale.

La rébellion est devenue un objet indispensable, au même titre que le téléphone portable. Il y a des publicitaires rebelles, des mannequins rebelles, des princesses de Monaco rebelles, des patrons rebelles, et aussi des motos, des yaourts, des pantalons, des fromages mous rebelles. Inutile de préciser contre quoi on se rebelle. La rébellion vaut en soi. A l’état pur. C’est une qualité plus qu’un acte. Cette épidémie de rébellion ne saurait d’ailleurs impressionner l’écrivain, qui persiste à cultiver sa différence en assumant une rébellion personnalisée. L’écrivain est une victime de la société. Comme tout le monde, certes, mais l’écrivain est écrivain, lui. C’est en cela qu’il dérange (autre vocable indispensable à un discours critique un peu sérieux).

Lors de l’avant-dernière rentrée, on avait découvert comment « subvertir la métaphysique occidentale ». Voilà une activité qui mérite que l’on s’y consacre toutes affaires cessantes. Subvertir la métaphysique occidentale dans un roman consiste, selon le critique Jean-Luc Douin (l’idée n’en serait pas venue aux sinistres critiques du XIXe siècle), à boire du vin avec une jeune fille et à citer des poètes chinois. Ce n’est pas donné à tout le monde. Philippe Sollers, toujours impeccablement rebelle, l’a fait dans L’Etoile des amants.

La rentrée littéraire 2004 n’est pas en reste, les rebelles s’y bousculent. On peut le vérifier en se livrant à un petit sondage dans un journal de référence. Dans le numéro du 27 août du « Monde des livres », consacré à la rentrée, l’auteur du récent Les Désaxés se trouve paré de deux qualificatifs indispensables. Ménageons un instant de suspense. Que pourrait bien être Christine Angot ? Jaune ? Primesautière ? Pulvérulente ? Ignifugée ? Non, Christine Angot est rebelle et, bien sûr, elle dérange. Du moins était-ce le cas, d’après l’auteur de l’article, lorsque, refusant tout compromis, elle écrivait des autofictions, non des romans. Ouvrons le numéro suivant, en date du 3 septembre 2004. Que constatons-nous en première page ? C’est Rick Moody, cette fois-ci, qui est dérangeant. Parce qu’il publie un livre autobiographique.

Nous approchons d’un éclaircissement de ce concept délicat : le rebelle est celui qui ose parler de soi, qui crache sa vérité brute à la face hypocrite de la société, choquant ainsi les bourgeois. Il importe ici de lever un malentendu. Des esprits chagrins pourraient faire remarquer que la société contemporaine se nourrit d’exhibitions narcissiques, dans lesquelles ce n’est pas l’analyse de la personne qui compte, mais l’exhibition de n’importe qui, l’exhibition n’ayant plus rien à montrer, sinon qu’elle montre. L’exhibition est devenue une sorte de rouage du capitalisme médiatique. Le risque analysé par Michel Leiris dans La Règle du jeu s’est mué en placement de père de famille. En se montrant, on aspire à devenir de la chair à télé. Faut-il en conclure que l’autofictionneur a de fortes chances de n’être qu’un valet du système ? Non, car l’écrivain, c’est pas pareil. L’écrivain sait être lui-même envers et contre tous. Son œuvre exprime ce lui-même, et acquiert par là une puissance subversive terrible. Moi c’est moi, s’écrie-t-il, et par conséquent c’est rien que du bon.

Et puis, il y a le style. Pour être subversif, on peut faire comme Christine Angot (qui occupe le poste de rebelle chez Stock) : de l’anti-style. Revenir à l’essentiel : être, avoir. (Un peu venir et faire). Ainsi, après un bon début, page 1 : « Elle venait de tourner dans un film qui venait de sortir », l’insurrection langagière se confirme : « Elle n’avait rien de spécial à faire. Avec elle il avait été sincère. Elle avait un visage pas commun, on ne pouvait pas dire si elle était belle ou laide, elle était ou l’un ou l’autre, si elle était belle c’était très belle, elle avait une coiffure ébouriffée », etc. Ne pas reculer devant les clichés de press people, car le cliché, c’est la révolution culturelle : « Une grande actrice hollywoodienne, une immense star, une immense icône. » Pas de personnages, quelques pantins vite costumés : grosses réalisatrices « prétentieuses », scénaristes « d’une culture exceptionnelle ». Tout cela pour mieux véhiculer un message. Quel message ? En gros, que l’amour est difficile à la longue chez les cadres supérieurs, surtout les créatifs. On s’ennuie, on a des insomnies et des psychanalyses. Lacaniennes, les psychanalyses, car l’analyste freudien est « un vieux rétrograde ». Angot apparaît au moins aussi insurgée que le fut, en son temps, le regretté Paul Bourget.

Une autre manière d’être dérangeant consiste à véhiculer un message brutal sur des phénomènes d’actualité récents ou des personnages connus. On multiplie par là ses chances de voir son livre commenté par les journalistes – on accroît donc sa puissance subversive. C’est le parti que prend Yann Moix dans Partouz. Ce texte illustre un nouveau genre littéraire. Il s’agit de raconter un peu sa vie tout en donnant son avis sur la marche du monde, ou sur n’importe quoi, dans un sympathique désordre qui mime bien la confusion du réel. On pourrait appeler cela l’ego-show, en référence aux talk-shows, reality-shows, voyeur-shows dont ce genre est issu. Yann Moix a des idées, des idées neuves, des idées folles. Par exemple, que le dépit amoureux peut se sublimer en création. Les terroristes du 11-Septembre souffraient de frustrations sexuelles. Les partouzes, ce n’est pas si amusant que ça. Rien ne vaut l’amour. Certes, Michel Houellebecq avait les mêmes idées, en mieux. Mais Houellebecq écrit plat. Yann Moix, lui, invente des mots-valises désopilants, comme « remoujuter » ou « jouissocracher ». Un créateur est celui qui s’empare de la langue pour en jouer, en insoumis lexical. Moix écrit enculer, ou pétasse. On en est tout dérangé. Car c’est livrer le réel nu.

Virginie Despentes dérange autrement, avec sa différence à elle. Aucun des accessoires de cette différence ne manque à Bye bye Blondie : les punks, le rock, les cheveux rouges, la bière, et bien sûr le séjour en hôpital psychiatrique. Tout ce qu’on attendait, en bon ordre, comme dans un spectacle folklorique pour les touristes. Virginie Despentes est un peu l’André Verchuren de la marginalité. Verchuren dérangeait, lui aussi, avec son accordéon. Mais Despentes va plus loin. Elle y met du sentiment, et même du bon sentiment. Car l’important, Angot, Moix et Despentes sont d’accord là-dessus, c’est l’amour. L’amour qui dérange, avec sa puissance subversive. L’amour toujours. Bye bye Blondie pourrait s’appeler Martine chez les punks, c’est un roman Harlequin avec des battle-dress et Bérurier noir.

A lire ces trois romanciers, on découvre le caractère dérangeant de la bonne vieille morale, qu’ils s’emploient à recuire au sirop de sentimentalisme. Pourtant, ni Despentes ni Moix ne sont encore assez purs, assez extrêmes dans leur révolte. Ils pourraient trouver inspiration auprès du Che Guevara de la grammaire, Erik Orsenna, conseiller d’Etat, académicien. Les Chevaliers du subjonctif confrontent de méchants dictateurs, des juges agressifs, des cadres pénibles, de sèches inspectrices, de gentils musiciens, de sympathiques écrivains. On y apprend que le subjonctif est le mode de l’irréel, du rêve, de l’amour et de la révolution. (En effet. Par exemple : « Lénine aimait que les sociaux-traîtres avouassent leurs crimes avant qu’on les fusillât »). « C’est vrai que vous dérangez », déclare l’héroïne aux défenseurs du subjonctif. La belle langue au service des beaux sentiments : quoi de plus authentiquement rebelle ?


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