lundi, 18 décembre 2006 05:18

Les grands troubles de la sexualité : Faut-il tout se dire ?

Écrit par Abdelaziz Ouardighi
Évaluer cet élément
(0 Votes)
La sexualité reste un sujet difficile à aborder pour celui ou celle qui présente un trouble sexuel avéré. Cet état de chose est compréhensible dans notre société qui reste très conservatrice. La sexologie étant peu enseignée pendant les études, chacun de nous tente bien que mal de se documenter sur le sujet au fil des jours et des ans et tout au long de sa vie.
Par ailleurs, nous sommes tous imprégnés de principes moraux transmis par notre famille, la société et la religion, qui sont plutôt restrictifs et nous empêchent d'en parler ouvertement et librement.

Perte ou absence de libido, éjaculation précoce, dysfonctionnement érectile, incapacité d'atteindre l'orgasme, peur, appréhension, impuissance, douleur lors des rapports sexuels, frigidité, manque de désir, pudeur excessive, incapacité de satisfactionŠ sont autant de raisons qui devraient normalement pousser et inciter à consulter votre médecin traitant.
A côté du médecin de famille, il y a l'urologue qui peut être d'une très grande utilité, surtout pour les personnes âgées qui présentent un problème en relation avec la prostate, les testicules, les glandes séminales... En ce qui concerne un problème de dysfonctionnement érectile en relation avec un diabète, il est conseillé de consulter votre endocrinologue qui est le mieux placé pour aborder avec vous les moyens et traitements adaptés pour ce trouble sexuel et, enfin, pour affronter vos peurs, vos appréhensions, vos complexes, le sexologue est le praticien le plus indiqué, il vous aidera à épanouir votre sexualité et du coup épanouir votre couple et votre personne .
Pour mieux vous éclairer sur ces différents troubles sexuels qui peuvent avoir de lourdes conséquences sur la vie et la relation d'un couple, nous avons rencontré pour vous les spécialistes suivants :
- Professeur H. El Ghomari, endocrinologue, diabétologue
- Docteur Abderrazak Moussaid, médecin sexologue psychosomaticien, président de la Société marocaine de sexologie
- Docteur Bennani Smires, andrologue, urologue

Classification des dysfonctions sexuelles

Professeur H. El Ghomari :
«Lorsqu'un patient ose nous parler spontanément d'une difficulté sexuelle, c'est qu'elle est à l'origine d'une souffrance subjective marquée et qu'elle engendre des difficultés interpersonnelles importantes. Ce trouble interfère avec son épanouissement sexuel et l'empêche d'avoir des relations sexuelles satisfaisantes. C'est une situation que certains diabétiques vivent très mal, d'où l'intérêt d'être à l'écoute et de savoir interpréter chaque mot qui peut être synonyme d'une véritable détresse.
Y a-t-il des facteurs psychologiques qui expliquent la survenue, l'installation, la sévérité, l'exacerbation ou la persistance de la dysfonction sexuelle (anxiété de performance, dépression, trouble de la personnalité, psychose) ? Une baisse du désir sexuel, une dysfonction de la phase excitatoire ou orgasmique peuvent être des symptômes d'un trouble dépressif majeur non diagnostiqué. Un problème relationnel grave ou une mésentente conjugale source de conflits et de tensions peuvent aussi interférer négativement avec la fonction sexuelle et doivent être recherchés et identifiés.
Existe-t-il une affection médicale générale qui a déclenché l'apparition ou aggravé cette dysfonction (problème cardiovasculaire ou urogénital, affection endocrinienne, maladie neurologique) ?
Des investigations plus poussées sont alors nécessaires auprès des spécialistes concernés afin d'avoir un bilan complet. Une dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale doit être distinguée d'une diminution de l'intérêt et du fonctionnement sexuel dus au vieillissement.

Les principaux troubles

Une dysfonction sexuelle peut aussi être induite par une substance. Le patient prend-il un médicament qui provoque le trouble : antidépresseur, antihypertenseur, anxiolytique, antiépileptique, antagoniste H2, stéroïde ? Ou consomme-t-il régulièrement des substances toxiques telles que l'alcool, des drogues ou du tabac, qui ont toutes une action délétère sur la sphère sexuelle ?
La plupart des patients sont très soulagés lorsqu'ils ont pu comprendre l'origine de leur problème et en saisir sa complexité qui se situe le plus souvent à plusieurs niveaux (somatique, psychologique, émotionnel, sentimental).
La connaissance des troubles sexuels les plus fréquents aide à orienter l'anamnèse sexuelle : baisse du désir sexuel, aversion sexuelle, trouble de l'excitation chez la femme, trouble de la sexualité chez l'homme, trouble de l'inhibition chez la femme et chez l'homme, éjaculation précoce, trouble sexuel avec douleur, vaginisme, dysfonction sexuelle due à une affection médicale générale ou induite par une substance Š

Absence ou perte du désir sexuel

Plus fréquent chez la femme, elle se décrit comme peu motivée par les activités sexuelles en général. Elle évite tout stimulus érotique, et n'éprouve aucune frustration quand elle est privée de relations sexuelles, disant qu'elle pourrait très bien s'en passer.
La baisse du désir peut être secondaire à la naissance d'un enfant. Elle apparaît fréquemment au moment où un couple se stabilise, s'officialise et se met à partager la vie au quotidien, la routine et la monotonie émoussant le désir et les élans amoureux du début. Elle peut évoluer vers une véritable aversion avec évitement de tout contact génital ou intime.

Dysfonction érectile et diabète

L'incapacité permanente d'obtenir et de maintenir une érection suffisante pour un rapport sexuel définit les troubles de l'érection. Le terme «impuissance» a été abandonné au profit de termes tels que «insuffisance pénienne», «manque de fiabilité pénienne », «trouble de l'érection» ou «dysfonction érectile» (DE) qui ont pour avantage de rendre l'organe fautif responsable plutôt que d'impliquer une défaillance de l'individu.
Les causes sont nombreuses :
1/ Les facteurs psychologiques :
2/ Les anomalies hormonales :
3/ Le déséquilibre glycémique
4/ Les maladies générales évolutives : toutes les maladies altérant l'état général (infarctus, cancer, pathologies infectieuses gravesŠ) sont susceptibles d'atteindre l'érection qui sera normalisée avec la guérison éventuelle.
5/ Les causes médicamenteuses : de très nombreux médicaments peuvent altérer la sexualité, parmi ceux utilisés plus fréquemment par les diabétiques (certains anti-hypertenseurs, certains hypolipémiants ­traitement du cholestérol) et certains médicaments à visée psychologique comme certains anti-dépresseurs.
6/ Les causes chirurgicales : certaines interventions chirurgicales au niveau du petit bassin (prostate, vessieŠ) peuvent entraîner des lésions neurologiques et/ou vasculaires.
7/ Les neuropathies
8/ Le déficit musculaire : certains muscles du périnée, en particulier les ischio-caverneux, semblent avoir un rôle important dans le maintien et le contrôle de la rigidité en cours d'érection.
9/ L'artériopathie : Le débit artériel étant essentiel à l'érection, tout déficit artériel peut être responsable d'une altération de la qualité de l'érection.
10/ Fuites veineuses : dans certaines circonstances, le blocage du retour veineux est défaillant et ne permet pas la rigidité de la verge. La vidange veineuse est un mécanisme physiologique qui survient lors de la phase de détumescence. Lorsque la fuite veineuse survient lors de l'intumescence ou lors de la phase de rigidité, elle empêche la survenue ou le maintien de l'érection.
L'impact du diabète : la fréquence de la DE est trois à quatre fois plus importante chez les diabétiques que dans la population générale. Les deux types de diabètes, insulinodépendant ou noninsulinodépendant sont également touchés.
Dans la majorité des cas la cause de la DE est plurifactorielle chez le diabétique (facteurs glycémiques, médicamenteux, artériels, neurologiques, cellulaires, psychologiques) ce qui en explique la fréquence.»
Ejaculation précoce

Docteur Abderrazak Moussaid : «On parle d'éjaculation précoce quand l'éjaculation survient trop vite et quand il n'y a pas de contrôle. On peut ainsi parler d'éjaculation prématurée lorsque l'orgasme se produit en tant qu'acte réflexe, c'est-à-dire lorsqu'il échappe au contrôle volontaire chez l'homme une fois que, chez ce dernier, l'excitation sexuelle a atteint une certaine intensité
Les tabous ont longtemps laissé dans l'ombre ce problème pourtant très fréquent. Honteux de ne pas assurer, de ne pas être performants, les éjaculateurs précoces sont souvent réticents à en parler. Pourtant, ce phénomène toucherait 30 à 40 % des hommes. Le problème est de savoir si tout le monde consulte ou pas, c'est là ou moi je doute un peu des statistiques. Allez poser une question à quelqu'un pour lui demander s'il a un problème d'érection ou d'éjaculation précoce et vous verrez la réponse. Il y a un problème de subjectivité qui ne permet pas de cerner objectivement ces troubles. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les sexologues ne voient pas beaucoup de patients, que ce soit ici ou ailleurs.
Il ne s'agit pas d'une maladie à proprement parler. L'homme qui éjacule rapidement fonctionne sexuellement bienŠ même trop bien. Ses réactions sexuelles sont rapides et dans notre monde c'est souvent une qualité d'avoir de bons réflexes. Cependant, la sexualité est une relation à deux et pour partager du plaisir il peut être important de pouvoir retarder le moment de l'orgasme
Les hommes souffrant d'éjaculation prématurée ont une excitabilité plus importante que les autres, ce qui les empêche d'apprendre par eux même à gérer leur excitation sexuelle. Ils n'arrivent pas à repérer les sensations prémonitoires de l'orgasme, qui sont à la base du contrôle.
Le stress favorise l'établissement de l'éjaculation précoce : l'homme craint l'échec et cette appréhension favorise l'éjaculation précoce.
La mésentente conjugale ne peut avoir pour origine une éjaculation prématurée. Dans un couple en harmonie, ce problème est accepté sinon le couple prend les moyens de le résoudre. Par contre en cas de crise, ce phénomène est souvent mis sur le devant de la scène, masquant les réels problèmes d'entente du couple.
Enfin il est utile de rappeler que ce trouble est fréquent chez les hommes jeunes et inexpérimentés ou chez ceux qui ont des relations sexuelles rares. L'éjaculation peut survenir déjà pendant les préliminaires amoureux ou dès la pénétration. Le sujet se plaint de ne pouvoir se contrôler et sa partenaire exprime souvent beaucoup de frustration.»

Dysfonction érectile

Docteur Bennani Smires : urologue, andrologue et président de l'Association méditerranéenne d'andrologie :
«Tout d'abord en tant qu'urologue et andrologue, je ne peux vous parler que des états pathologiques, en particulier chez l'homme, puisque je ne m'occupe pas des troubles sexuels chez la femme.
Les troubles sexuels masculins représentent un vrai problème de santé au Maroc. Parmi ces troubles, il y a les dysfonctions érectiles, l'éjaculation précoce et les troubles du désir ou baisse de la libido chez l'homme.
Ce qu'il faut retenir, c'est que nous constatons de plus en plus de jeunes venir consulter pour ces troubles que j'ai cités. Ce n'est pas une question d'âge. Donc nous sommes en face d'une nouvelle génération de patients jeunes qui viennent consulter pour ces troubles sexuels. Au sein de ces jeunes, il y a ceux qui ont des actes sexuels et chez qui ont retrouvera certains troubles et puis il y a ceux qui n'ont jamais eu de rapports sexuels et qui se considèrent malades.
La consultation pour une dysfonction érectile exige d'abord de prendre en charge la souffrance du patient, qui a pris la décision de consulter. En pratique, le praticien se heurte à un certain nombre d'obstacles.
N'oublions pas que le patient est dans une double relation d'inégalité. Il souffre de la honte terrible d'avouer son impuissance. Dans ce cas de figure, le praticien devra trouver les mots justes en posant des questions claires, sans faux-fuyants.
Enfin, ces troubles génèrent également une souffrance du couple d'où l'importance d'une consultation de sexologie chez le spécialiste, le psychologue ou même le psychiatre. Ce travail peut être très intéressant. Il permettra, j'en suis certain, de clarifier certains aspects qui interviennent dans la DE. La partenaire interprète souvent ce dysfonctionnement comme un manque de désir ou une perte de son pouvoir de séduction. D'où, parfois, aggravation d'un malentendu conjugal qui peut être dissipé par le travail des praticiens autres que les urologues et andrologues, grâce à des explications, des informations claires. Outre cette dimension sexothérapique, la prise en charge de l'impuissance doit également éliminer une pathologie organique même si la grande majorité des patients relèvent d'une étiologie fonctionnelle.
Ainsi, la recherche d'une hypoandrogénie se traduit en clinique par une diminution du désir, une raréfaction des érections spontanées nocturnes et matinales, une augmentation de la masse graisseuse par rapport à la masse musculaire.
Le diagnostic repose alors sur le dosage de la testostéronémie totale le matin. Dans certains cas, la dysfonction érectile peut être les premiers symptômes d'une affection cardio-vasculaire, une affection endocrinienne, un problème neurologique ou une affection chronique comme dans la maladie de Parkinson. Enfin, l'athérosclérose favorise la survenue d'un trouble de l'érection. Dans ce contexte, il est utile d'envisager une exploration Doppler. Il faut savoir que les patients sont de tous les âges, mais plus on avance dans l'âge plus on a des problèmes d'érection, la tranche d'âge des 40-70 ans est la plus concernée par la DE.
En ce qui concerne le traitement, jusqu'à la fin des années 80 et au début des années 90 il n'y avait rien au Maroc concernant les troubles de l'érection pure. Vers 1988, sont apparues les injections intra-caverneuses, c'était une première révolution. Dix années plus tard, c'est-à-dire en 1998, il y a eu une vraie révolution avec la mise sur le marché marocain de médicament des troubles de l'érection
Les traitements oraux, dont le fameux Viagra fait partie, agissent en facilitant la dilatation des artères péniennes. Dans ce domaine, les progrès ne cessent d'avancer.
Si un déséquilibre hormonal est à l'origine de ces troubles de l'érection, un traitement androgénique pourra être envisagé.
Enfin, les injections intra caverneuses sont un recours possible en cas d'insuccès du traitement oral ou de contre-indication ; aujourd'hui il s'agit principalement d'injections de prostaglandine. Le patient effectue lui-même ces injections qui lui permettent d'obtenir une érection satisfaisante.
Je voudrais insister sur un aspect très important en ce qui concerne les dysfonctions érectiles chez l'homme : au- delà des médicaments, il y aussi la prise en charge psychologique dont l'apport est amplement justifié, utile et essentiel si l'on désir réellement assurer une prise en charge correcte et globale.

Comment aborder les troubles sexuels

Avoir une idée précise des différents troubles existants et de leurs étiologies possibles aide à orienter l'anamnèse sexologique. Adopter une certaine méthode d'investigation suivant les quatre phases de la réponse sexuelle physiologique permet d'identifier où et quand le blocage survient. Il est important d'éliminer une étiologie somatique ou toxique avant d'approfondir la piste psychologique.
Le plus souvent, les dysfonctions sexuelles sont d'origine émotionnelle et sentimentale. La peur de l'intimité, la peur de s'engager dans une relation, la crainte de dévoiler ses sentiments amoureux, la crainte de ne pas être à la hauteur de l'être aimé, celle de le décevoir ou de le perdre, le manque d'expérience et de confiance en soi, une rupture sentimentale ou une déception récente, sont les causes les plus fréquentes des troubles sexuels. L'anamnèse détaillée des circonstances dans lesquelles ils sont apparus permet d'identifier l'origine et de préciser le diagnostic avant d'orienter le choix thérapeutique.
Le choix d'un traitement médical pour pallier la dysfonction érectile n'est pas définitif, il est temporaire en attendant bien entendu de traiter la cause. On ne saurait insister sur les risques que peut entraîner une automédication ou encore l'abus des médicaments qui favorisent une érection quand ils ne sont pas prescrit par le médecin traitant .
Lu 12665 fois

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.