mardi, 01 septembre 2009 14:22

Une étude américaine dresse la situation dans le monde arabe Spécial

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Brosser la situation des médias dans les pays arabes n’est pas une mince affaire. L’Irex (International Research and Exchanges Board) s’est attelée à cette tâche, qui a décrit notamment les insuffisances du secteur des médias au Maroc. Plusieurs caractéristiques des médias marocains n’ont pas changé d’une année à l’autre. Pour recenser les opinions des professionnels des médias, l’Irex a travaillé avec un panel de journalistes issus de différents supports. Il en résulte que le Maroc se situerait dans la catégorie des pays qui atteignent partiellement les objectifs visés.

«Il y a bien sûr des progrès constatés dans la défense de la presse indépendante, ainsi qu’un professionnalisme de plus en plus accru, notamment en matière de management du secteur. Mais ces éléments demeurent trop récents», peut-on lire dans le rapport.
Concernant le premier objectif, relatif à la liberté d’expression, son indice a chuté de 2,19 en 2005 à 1,90 en 2006-07. La presse écrite demeure le support offrant le moins de contraintes. Le rapport est clair: «Les journaux indépendants sont plus directs dans leurs analyses, mais restent soumis à des lois oppressives, tels certains articles du Code pénal ou du Code de la presse». Ces lois sont renforcées par un système judiciaire qui manque d’indépendance, notamment à l’égard de procès intentés par les autorités contre certains journalistes «perturbateurs». Par ailleurs, selon le rapport, le journalisme audiovisuel demeure sous influence politique, et les nouvelles licences sont délivrées au compte-gouttes.
Le second objectif, qui a trait au journalisme professionnel, a réalisé un indice de 1,85 en 2006-07, contre 1,82 en 2006. Néanmoins, le panel interrogé est unanime: le professionnalisme dans le métier a encore du chemin à faire. «Les reportages sont de pauvre qualité, il y a un manque de spécialisation, et des faiblesses pour ce qui est de l’investigation». En outre, l’autocensure est monnaie courante, notamment dans l’audiovisuel. Le professionnalisme fait également défaut, en matière de recoupage de l’information. Généralement, le journaliste se contente d’une seule déclaration ou d’un seul point de vue pour commenter son sujet. L’éthique est également pointée du doigt, en ce sens que « des personnes accusées, et dont le procès est en cours, sont souvent traitées de criminelles ou de terroristes, avant même que la sentence ne soit rendue». Le manque d’éthique est souvent relié à l’insuffisance au niveau de la formation au métier.
La pluralité des sources d’accès à l’information manque également à l’appel. Au-delà de la presse écrite et audiovisuelle, l’accès à Internet est également un critère déterminant. Cependant, ce dernier outil est plus utilisé pour la communication ou les loisirs. Résultat des courses: la plupart des Marocains privilégient la radio et la télévision, notamment par satellite, pour accéder à l’information. De par l’illettrisme et la pauvreté qui sévissent encore dans plusieurs régions rurales, la presse écrite y est encore peu développée. La distribution des journaux y est effectuée en retard. Et pour ce qui est de la presse internationale, il n’y a pas de restrictions concernant sa distribution, mais son prix est jugé excessif.
Le management du secteur du journalisme est aussi l’objet de critiques. L’intervention de personnalités politiques dans les lignes éditoriales ainsi que le rôle des annonceurs dans le contrôle des programmes sont autant d’entraves à l’indépendance de la presse. Les subventions étatiques ne sont pas toujours au rendez-vous, notamment à cause de conflits d’intérêts. Selon le rapport, «il arrive que des membres du gouvernement ou leurs épouses possèdent des sociétés de production TV». Par ailleurs, le fait que la majorité des revenus des supports proviennent de la publicité cause un déséquilibre certain. Les subventions gouvernementales sont surtout délivrées aux journaux dont la ligne éditoriale est semblable à celle des radios et télévisions officielles, particulièrement dans la couverture des activités. En outre, «l’aide financière gouvernementale manque de transparence».
Globalement, le Maroc ne s’en tire pas si mal par rapport à d’autres pays du Maghreb. Sur une échelle de 0 à 4, le Royaume se classe entre 1 et 2, au même niveau que l’Algérie. Ce qui les place dans la catégorie des pays atteignant partiellement les objectifs visés. La Libye et la Tunisie sont entre 0 et 1, catégorie où le gouvernement et le dispositif légal entravent l’activité des médias, et où le professionnalisme ainsi que l’industrie des médias sont à des niveaux minimaux.
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