jeudi, 02 juillet 2009 23:13

Sept ans de prison ont été requis jeudi soir contre le chanteur de raï Spécial

Écrit par Le Figaro
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Sept ans de prison ont été requis jeudi soir contre le chanteur de raï qui a reconnu pour la première fois, jeudi, devant le tribunal correctionnel de Bobigny, avoir été au courant que son entourage organisait l'avortement forcé de son ex-compagne.
Cheb Mami, c'est l'homme qui se cache. Derrière sa main, le buste secoué de hoquets qui voudraient ressembler à de brefs sanglots. Derrière ses trois coprévenus, Michel Lévy, son manager, Hicham
Lazaar, collaborateur de celui-ci, Abdelkader Lallali, son homme de main en Algérie. Les deux derniers ne sont pas venus affronter le tribunal correctionnel de Bobigny, où la star déchue du raï revenu d'Algérie lundi pour se constituer prisonnier et celui qui gérait sa carrière répondent d'une tentative d'avortement clandestin sur Camille*, enceinte du chanteur.

Elle, elle ne se défile pas. Droite au micro, trench gris et longue écharpe anis, cette photographe raconte bravement la nuit du 28 au 29 août 2005. Elle vient d'arriver à Alger avec sa première fille, âgée de 3 ans, qu'elle confie à une amie. M. Lazaar l'a accueillie à l'aéroport. Puis, étourdie par un jus d'orange drogué, elle est convoyée par M. Lallali dans une villa appartenant à Cheb Mami. Insultée par la brute, elle est livrée à deux avorteuses qui, toute la nuit, s'acharnent sur elle.

De retour à Paris, elle raconte dès le 1er septembre à plusieurs amis ce qu'elle a subi. Un examen gynécologique accrédite son récit mais, à sa grande surprise, une échographie révèle que le bébé est bien vivant. Un «miracle» qui ne s'explique que par une particularité morphologique de la victime. Dans un premier temps, elle refuse de porter plainte : «J'avais peur, explique-t-elle, j'imaginais le pire pour moi et ma fille. Et puis je ne voulais pas que le bébé sache comment il avait commencé sa vie…» Camille affirme avoir été menacée à plusieurs reprises par Cheb Mami et son entourage de voir sa fille kidnappée si elle ne se pliait pas au diktat du chanteur qui ne voulait pas de l'enfant qu'elle portait.

Défense abracadabrante

Dans le box, l'artiste est pathétique : «J'ai été piégé, ressasse-t-il, par Camille, par Michel, par Kader…» Défense abracadabrante, tant le dossier l'accable, tout comme d'ailleurs il confond son manager. Le président Jean-Dominique Launay, doté d'un tact implacable, mène l'audience avec efficacité, rappelant les déclarations des deux hommes. Il lit ainsi la transcription d'une écoute téléphonique entre Camille et Cheb Mami. Alors que la jeune femme dépose au commissariat, le chanteur l'appelle, refusant d'admettre que la boucherie d'Alger n'a pas mis fin à la grossesse. Les policiers l'entendent : «Le sang, je l'ai vu, chez moi, ils t'ont grattée avec les doigts, on a rentré les cinq mains, euh, les cinq doigts, on a apporté un truc qui ressemble à un foie. T'es une malade, y'a plus de bébé !»

Cheb Mami : «J'ai fait une faute».

Le président : «Ce n'est plus une faute, à ce niveau-là…»

Cheb Mami, la main sur le front comme, autrefois, les acteurs mimant, au boulevard, l'évanouissement : «Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce qui s'est passé ?»

Il reprend ses esprits et charge à nouveau M. Lévy. Le président lit la cinquième déposition de celui-ci, lors de la garde à vue : «On a pensé profiter d'un reportage pour pratiquer un avortement. Cheb Mami a trouvé l'idée intéressante. Mon rôle était d'organiser le voyage, de faire en sorte que Camille n'ait aucun soupçon. Je maintiens que Cheb Mami est l'instigateur des faits. Je ne voulais pas envoyer Camille vers ses tortionnaires (sic).» Aujourd'hui, arrogant, il déclare au président : «Je ne savais pas qu'elle était enceinte.» Le magistrat, navré : «Ce n'est guère que votre neuvième version.»

Le jugement pourrait être rendu vendredi.

Lu 7558 fois

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.