dimanche, 03 mai 2009 13:38

Exposition de poterie à l'Agence pour l'aménagement de la vallée du Bouregreg Spécial

Écrit par Ouafaâ Bennan
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Elles viennent toutes du Nord du Maroc et plus précisément des villages des régions de Moulay Driss, Taounate, Ouezzane, Taza, Chefchaouen et Al Houceima. « Nous avons choisi le Nord parce que d'abord c'est si étendu. Nous avons environ 120 potières, bien qu'avant il y en avait plus.
C'est dommage que ce patrimoine soit en voie de disparition. D'où la constitution de notre association ‘Terres de femmes'. Dans notre première démarche, nous avons été aidées par le livre de M.Berrada qui contenait une carte indiquant les endroits où nous pouvions localiser les femmes potières. Notre but est de les encourager à continuer ce travail, en rachetant leurs poteries que nous ramenons en ville, tout espérant leur trouver d'autres débouchés. Bien sûr, tant qu'elles améliorent leur travail et le soignent, leur prix augmente. Par ce procédé, nous essayons de motiver les jeunes à apprendre ce métier», souligne Mme Agnès Goffart, présidente de l'Association «Terres de femmes» et potière professionnelle. Ces poteries, travaillées avec beaucoup de passion, mettent en exergue le travail esthétique et combien créatif de ces femmes rurales regroupées dans cette association, dont l'objectif essentiel consiste à préserver et promouvoir la poterie rurale féminine.

«Nous constatons que les potières arrivent à améliorer leur dessin, il y en a même qui commencent à créer de nouveaux modèles. Mais, nous tenons à ce qu'elles ne perdent pas leur identité, en conservant leurs traditions de la décoration », ajoute-t-elle. En effet, c'est la mission que s'est assignée l'association, afin de pérenniser l'art de la poterie qui constitue un riche legs patrimonial national. « Après un certain temps de travail avec ces femmes, nous avons remarqué une nette amélioration de leurs conditions de vie. Cela fait partie de nos aspirations et nous motive dans cette mission qui n'est pas aussi facile, du fait que ces potières habitent dans des villages très lointains, difficiles à atteindre, surtout en période d'hiver. Nous souhaitons que cette initiative porte ses fruits et franchisse les frontières. Nous avons déjà une proposition de la Biennale de Belgique qui invite toute la poterie européenne plus un pays étranger. L'année prochaine, ce sera à l'honneur du Maroc », précise la présidente de l'association, qui mène cette tâche avec beaucoup de courage et de persévérance, souhaitant de tout son cœur qu'il y ait une relève après sa retraite pour pouvoir continuer cette mission et sauvegarder ce legs ancestral que nous avons le plaisir de découvrir à la galerie du Bouregreg.

Ainsi, jarre à eau, cruche, marmite, vase à traire, baratte à beurre, brasero, enfumoir, tasse, pots divers, entre autres, nous sont offerts, d'une manière artistique, pour mieux les apprécier et percevoir leur spécificité par rapport à la région à laquelle ils appartiennent. Cette appartenance qui se maintient fortement dans la mémoire culturelle des potières. Par la même occasion, un collectif de potiers canariens a été invité par l'association «Terres de Femmes». Il présente pour la première fois ses travaux au Maroc, notamment des céramiques représentatives des îles de l'Archipel ayant des similitudes avec la poterie berbère traditionnelle. « Les Canariens se sont aperçus qu'ils sont originaires de tribus du Sud du Maroc. Donc, ils nous ont demandé s'ils pouvaient venir exposer leurs travaux. Ce qui était envisageable avec cette exposition des femmes rurales du Nord. Les formes de leurs poteries ressemblent à celles du Sud du Maroc, avec une nette évolution dans le travail. Ils ont aussi profité de ce séjour au Maroc pour aller visiter les femmes potières dans quelques villages du Sud et espèrent exposer à Agadir. Ils sont très contents d'être sollicités dans cette prestation ». En effet, ces potiers canariens sont fiers de faire connaître aux Marocains la richesse et la qualité de leur tradition céramique, puis de renouer des liens avec leur culture d'origine.

Poterie féminine rurale
La poterie rurale féminine dans le Nord marocain est spécifique aux régions rurales et montagneuses où l'appartenance à une tribu se maintient fortement dans la mémoire culturelle des potières. Cette poterie est attachante par son authenticité et son éclat. Les femmes façonnent l'argile à la main, montent aux colombins sur un fond plat, décorent avec un pinceau rudimentaire et cuisent dans une excavation à l'air libre ou dans un four construit en argile. Les hommes potiers, étant à une époque peu appréciés, cédèrent leur métier à leur femme et se chargèrent d'aller vendre les poteries au souk ou le long des routes. Ces poteries sont fonctionnelles, d'une extrême simplicité, éclatantes dans leurs couleurs naturelles. Leurs formes ressemblent étrangement à celles de la production grecque, phénicienne et carthaginoise. Certaines sont décorées, d'autres non.

Le Matin du Maroc
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